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JUSTINTERESTING

Cinema, Théâtre, Spectacles mais aussi vie quotidienne.... à partir du moment où c'est ..."Justinteresting".

Michel Bongrand…. Rencontre avec le pape du marketing politique.

Un ami (bien connu de tous les publicitaires) m'en parlait très souvent : « tu devrais le rencontrer ». Et puis un jour, je lis dans la newsletter du Crif une interview de Michel Bongrand portant sur Israël. Déclic !  J’ai eu envie de rencontrer "ce pape du marketing politique" reconnu par tous. J’arrive à son domicile un peu intimidée devant ce personnage de 87 ans, certaine de m’enrichir intellectuellement au cours de ce rendez-vous. Son dynamisme, son charisme, son humour, son intelligence, sa jeunesse d’esprit, tout m’enchante ; je ne suis pas déçue.

Pour les plus jeunes (ceux qui s’activent aujourd’hui dans les agences) ce nom n’est pas forcément très connu. Mais pour les « vieux routiers de la Com. » son image est importante. 
Qui est donc Michel Bongrand ?
Né le 30 décembre 1921 à Colombes, il engrange de nombreux diplômes du domaine du marketing.  Engagé dans la résistance à 18 ans, il connut d’abord dans la clandestinité puis dans les allées du pouvoir, tous les hommes politiques qui comptent. Il mène de grandes campagnes de marketing politique qui vont établir sa réputation. Il sert trois Présidents de la République et pas des moindres : De Gaulle, Pompidou et Giscard. Il se fait surtout remarquer par ses conseils judicieux pour lancer le challenger du Général : Jean Lecanuet et pour son rôle auprès de Raymond Barre.

 

Président-Fondateur de l’Association Internationale des conseils politiques (IAPC), il est le seul membre européen de l’Association Américaine des Conseils Politiques (AACP). Michel Bongrand exerce toujours son activité comme Conseil « en image et en formulation » à laquelle, en raison de son réseau exceptionnel d’amitiés nouées au plan  international au cours des décennies, il a ajouté les volets, traditionnels aux Etats-Unis mais peu connus encore en France, de Public Affairs Consultant et de Conseil en Lobbying.

Michel Bongrand est Commandeur de la Légion d’Honneur, Croix de guerre 39-45 et rosette de la Resistance.

Quelques-unes des ses publications :

-          Splendeurs et Misères de la Politique  (Plon) en 1986

-          Noir de gris (poèmes) (Cherche-Midi) en 1987

-          La communication politique : « pour le meilleur et pour le pire » pour l’Académie des Sciences  Morales et Politiques en 1998

-          Le marketing politicien (Bourin éditeur) en octobre 2006

 
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce dernier livre dont la dédicace qu’il m’a autorisée à produire pour illustrer cet article représente le plus grand et le plus joli coup de chapeau que l’on m’ait attribué (tant pis si certains jugent cela immodeste, j’assume).

Sur ce livre, j’ai tellement coché de pages que je ne sais que retenir. Je conseille simplement à ceux qui s’intéressent à la communication politique de ne pas passer à côté. Et je l’offrirai désormais chaque fois que cela sera utile comme base pédagogique de départ.
 

Michel Bongrand a accepté l’interview de Justinteresting après avoir regardé mon blog sur un écran d’ordinateur, au grand étonnement de sa fidèle assistante qui m’expliqua que c’était la première fois de sa vie que Michel le faisait. Ses commentaires furent merveilleux pour mon ego.



Passons maintenant à l’interview :

CS : Quels sont les hommes politiques qui vous ont le plus marqué ?

MB : Je citerai Pierre Mendès-France qui avait à ses côtés mon meilleur collaborateur de l’époque, Claude Barret, malheureusement disparu, Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas (à qui le livre est dédié) et Raymond Barre.

J’ai conseillé des dizaines d’hommes politiques, tant en France qu’à l’étranger, dont je ne tiens pas spécialement à citer les noms à trois exceptions près : Alain Peyrefitte, Ronald Reagan et Salvador Allende.

 

CS : Dans votre livre, on apprend que vous avez inventé le célèbre slogan « La force tranquille » de Mitterrand. Comment est-ce possible ?

MB : J’étais sur la campagne de Giscard d’Estaing. Brainstorming avec une dizaine de collaborateurs comme d’usage dans ce type de recherche. Les formulations qui ressortaient tournaient autour de « la force paisible » et la « force réfléchie ». C’est là que Jacques Doyen, l’un de mes collaborateurs de 25 ans, tout juste sorti de Sciences Po, s’écrie à propos de la troisième ligne où était inscrit « la force tranquille » : « C’est moi qui l’ai inventée ! ». Je lui fis gentiment remarquer qu’il était abusif de s’attribuer un slogan quel qu’il soit au cours d’un travail collectif dont j’avais dressé l’argumentaire politique. Finalement, Giscard choisit un autre slogan « il faut un président à la France ». Et j’appris plus tard que « La force tranquille » fut suggérée aux équipes de Mitterrand en charge du brief pour la campagne publicitaire que Jacques Séguéla remporta.

 

CS : Thierry Saussez, aujourd’hui en charge de la communication du gouvernement, a longtemps été votre collaborateur. Lorsqu’il a été nommé à ce poste, le Monde du 26 avril 2008, nous apprend que votre mot de félicitations ne comportait que la formule laconique suivante « Take care ». Que vouliez-vous dire vraiment ?

MB : Thierry a travaillé à mes côtés pendant dix ans. Il m’a été présenté à sa demande par Roger Frey, Ministre de l’Intérieur,  et je l’ai embauché tout de suite. Ma société a signé de grandes campagnes (« un petit clic vaut mieux qu’un grand choc » par exemple pour la Sécurité Routière). J’ai dit « Take care » car il va devoir gagner l’adhésion de tous ceux qu’il sera appelé à orienter et ce n’est pas si simple. Je voulais dire « fais gaffe ». Chacun de nos ministres a son ego plus ou moins développé. Aucun n’acceptera qu’un non-élu lui dicte ce qu’il doit faire. Il risque d’y avoir des blessés, des jaloux, des haineux. C’est un poste glorieux mais surexposé.

 

CS : Quelle est votre opinion sur le rôle d’internet en matière de communication politique ?

MB : Je ne suis pas capable de juger internet autrement que  par le « qu’en dira-t-on ». Avant la présidentielle américaine en cours, la plupart des grands conseils américains me disaient qu’Internet servait essentiellement au fund raising et au recrutement de volontaires, sans pour autant agir sur les votes. Après un voyage à Washington fin 2007, j’ai eu pourtant l’impression que la multiplication des blogs et des échanges entre internautes auraient tout de même une influence. Mais devant la multitude, comment trouver les bons ?

On constate aujourd’hui tout de même qu’Internet est un vecteur qui compte de plus en plus dans tous les domaines de la communication.

 

CS : Passons maintenant à Israël. Il me semble que vous vous êtes très peu exprimé sur ce pays.  J’ai pourtant lu récemment dans la newsletter du CRIF une de vos interviews. Quel est votre avis sur la communication politique de ce pays dont vous êtes proche de par vos origines ?

MB : J’ai beaucoup d’admiration pour les positions de Shimon Pères, mais nul ne peut résoudre l’avenir du Moyen-Orient devant les extrémismes syriens et iraniens.

 
CS : Nicolas Sarkozy se rend en Israël fin juin. Que pensez-vous des relations France-Israël qui se réchauffent en grande partie grâce à lui ?

MB : Maurice Levy a fait une excellente tribune dans Le Monde en date du 24 mai 2008. Je suis d’accord en tous points avec lui et tiens à l’en féliciter.


Cette interview a été écrite après deux rendez-vous accordés par Michel Bongrand. Nous n’avons pas été d’accord sur tout en matière de communication. Probablement à cause de la différence générationnelle, mais je dois avouer une admiration sans borne pour le personnage, pour son parcours aussi bien privé  -la résistance, le choc qu’il eut lorsqu’il libéra les camps de concentration et vit sortir ces squelettes en pyjamas rayés, les voyages qu’il fait encore aujourd’hui seul ou avec son petit-fils comme récemment aux Etats-Unis-   que pour son parcours professionnel et son intégrité par rapport aux causes qu’il a défendues aussi bien que ses réactions instinctives de rejet pour celles qu’il ne « sentait pas ». Nous avons des approches différentes sur certains points, mais il m’a confortée dans mon idée que si l’on veut être un excellent conseil en communication, deux qualités de départ sont essentielles : le feeling et le pouvoir d’anticipation.  Je l’avais toujours pensé ; par la lecture de son livre et les discussions que nous avons eues ensemble, je continuerai à avancer en croyant à ces principes de base. J’ai rencontré un grand homme et j’ai voulu faire partager cette chance à mes lecteurs de Justinteresting.


PS : Je m'aperçois que la dédicace dont je parlais plus haut n'est apparemment pas lisible à l'écran...Finalement, ma modestie n'aura pas à souffrir....

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