Jeudi 20 mars 2008
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Nous avons été nombreux à apprécier les Champs Elysées la semaine dernière. Pour ma part, je n’avais jamais vu cela de ma vie. Ces deux drapeaux côte à côte avaient
un aspect irréel.
Ces drapeaux saluaient la venue de Shimon Peres pour la visite officielle qu’il a effectuée à Paris du 10 au 14 mars 2008.
Je ne reviendrai pas sur les discours prononcés pendant cette semaine ; Ils furent nombreux et intéressants et ceux qui le voudront les retrouveront
facilement sur tous les sites qui ont couvert ces événements (de l’Elysée à l’Ambassade d’Israël en passant par le CRIF).
J’ai juste envie, avant que cet événement ne soit complètement englouti (dans la masse d’informations que nous ingurgitons chaque jour pour
se tenir informés) de vous raconter la dernière soirée du Président israélien à Paris, le Jeudi 13 mars au soir. Le CRIF, « en organisant cette soirée gratuite, voulait permettre à un
autre public (autre que celui des « happy few » qui ont passé la semaine avec M. Peres) de rencontrer le Président d’Israël. Son désir était d’offrir à ces 3700 personnes de vivre
elles-aussi quelques heures avec le président d’Israël, et ceci le temps d’une soirée ».
De cette soirée, qu’ai-je envie de laisser sur ce blog pour ceux qui n’y ont pas assisté. Tout d’abord, la forte émotion de ces 3700 personnes qui (après le
discours de Richard Prasquier, Président du CRIF) toutes debout, ont chanté les hymnes nationaux, l’Israélien (Hatikva) et le Français (La Marseillaise), avec le même cœur, avec le même respect
et le même amour pour les deux pays .
Ensuite, une impression de proximité avec les discours très personnels et émouvants à la fois de Joël Mergui, Président du Consistoire de Paris et de Pierre
Besnainou, Président du Fonds Social Juif Unifié. Et aussi (bien que je ne sois pas pratiquante) une profonde admiration pour le courage du rabbin Sitruk qui avec son humour habituel, ne
peut que susciter l’adhésion à ses propos. Et encore, Daniel Shek, l’Ambassadeur d’Israël, affirmant « que la communauté juive de France est la plus chaleureuse, la plus extraordinaire du
monde ».
Entre les discours, le CRIF offrait aux spectateurs une partie musicale émouvante et agréable : Sarit Haddad et Orlika, chanteuses israéliennes bien connues de
ce public averti, Enrico Macias, Daniel Levy, Ishtar et Hugues Auffray, au bord des larmes, chantant « le petit Simon » qu’il créa en 1967.
Serge Moati, animateur de la soirée, alternait avec beaucoup de brio, les extraits de films retraçant l’histoire des ces 60 ans d’Israël, et l’interpellation des
politiques nombreux dans la salle en cette période électorale.
Enfin, last but not least, Shimon Peres prononça son discours. Il faut avouer que ce Président ne peut qu’inspirer le
respect ; il a vécu toutes les guerres d’Israël. Que l’on soit d’accord ou pas avec ses prises de position, on ne peut rester indifférent à l’homme d’aujourd’hui et à l’histoire du pays
qui coule dans ses veines. Le message principal que j’en ai personnellement gardé est : « MERCI à la France ». Merci à la France d’aujourd’hui qui le reçoit officiellement
et Merci aussi à la France d’hier, celle de la Résistance et des Justes et celle qui a soutenu Israël dans les périodes difficiles du pays. Il retrace avec émotion ces « périodes
difficiles » qu’il a toutes vécues. On ne peut empêcher un sentiment d’angoisse quand il raconte : « L’ONU décide le partage en 1947 de
la terre en deux Etats, un Etat juif, un Etat arabe. Tout le peuple est descendu dans la rue, au comble de la joie et de l'allégresse pour chanter et danser. Il n’y avait qu’un seul homme
triste à Jérusalem, il s’appelait David Ben Gourion. Il disait « aujourd’hui on danse, aujourd’hui on chante, demain le sang va couler .Le sang a commencé à couler avant même que nous
puissions commencer à construire notre Etat, avant même que nous puissions mettre en place une armée. Cela a été une attaque de 40 millions d’Arabes face à 650 000 Juifs. Ils avaient
sept armées, nous n’avions même pas une armée, ils avaient toutes les armes nécessaires, nous n’avions ni avion, ni tank, nous n’avions pas un canon digne de ce nom, nous avions à peine
quelques dizaines de mitrailleuses, quelques milliers de fusils et des munitions qui selon les spécialistes militaires auraient pu suffire peut-être pour cinq jours. Selon toute logique, nous
n’avions aucun espoir de vaincre, nous avons vaincu. Le prix a été lourd, nous avons perdu les meilleurs de nos fils, nous
étions fiers et nous pleurions dans nos cœurs. Et nous savions que ce n’était pas la fin de l’histoire, que ce n’était qu’une première bataille, et nous sentions déjà que l’on préparait la
seconde attaque. Et les Russes fournirent alors des armes incroyables aux Arabes et beaucoup des pays qui avaient voté en faveur de la création d’un Etat Juif, refusaient de nous fournir des
armes, des fusils pour nous défendre, et donc, ce ne sont pas de vains mots, que je dis ici, la France à ce moment-là s’est tenue à nos côtés de façon extraordinaire et
inoubliable. ».
Et à de nombreuses reprises il remercie le peuple français en soulignant « sa grande chance… de venir après 60 ans pour dire au
peuple français, pour dire aux dirigeants de la France, Merci, merci de tout cœur ».
Et l’avenir pour Israel ? Shimon Peres avec une dose de pragmatisme, une dose de recul et une dose d’humour explique :
« ….L’avenir oblige Israël à être un pays moderne, un pays de progrès, d’un point de vue scientifique, technologique. Nous n’avons pas de pétrole, nous n’avons pas d’eau mais
Moïse nous a donné une tête. Aujourd’hui le pétrole permet la pollution ; il permet aussi de financer le terrorisme mondial. Le pétrole ne va pas tenir longtemps. Nous n’avons pas de
pétrole, mais nous avons du soleil et nous allons nous servir du soleil pour nous dédommager du manque de pétrole. En fin de compte, le soleil, il est plus permanent, il est plus
démocratique….. …. Israël est un petit pays par son territoire, Israël n’est pas un grand pays du point de vue de la population, nous ne sommes pas un grand marché, nous ne
sommes pas une grande industrie mais nous sommes un laboratoire mondial de premier plan. ».
Et il conclut (traduit avec beaucoup d’efficacité et d’intelligence par « Ghislaine » que j’aimerais féliciter pour sa
prestation) : « Et puis laissez-moi peut-être encore vous dire un mot sortant de l’ordinaire, moi je ne me laisse pas impressionner par l’antisémitisme. Vous savez
l’antisémitisme est une maladie non juive. Et je propose donc à tous les peuples qui ont des malades, de les soigner. Nous voulons vraiment être un peuple qui apporte et pas un peuple qui se
justifie. Nous voulons prouver que même si le peuple juif est un petit peuple, son apport est immense depuis l’Antiquité et jusqu’aujourd’hui. Notre espoir c’est d’être anciens comme les 10
commandements et innovateurs comme la nanotechnologie. Il n’y a pas de contradictions entre les deux. Et enfin, pour terminer, je tiens à dire que nous avons prié ensemble, que nous avons
combattu ensemble, nous avons le droit de rêver ensemble et d’espérer ensemble pour être ce que nous avons été, ce que l’on nous a ordonné de faire, ce pourquoi nous avons été créés : être
une lumière pour nous-mêmes et pour les autres. Merci."
Shimon Peres est né le 2 août 1923 en Pologne. En 1934, il émigre avec sa famille en Israël, et depuis 1947 aux côtés de David Ben Gourion, il a
constamment œuvré pour son pays. Son parcours de vie ne peut qu’inspirer le respect, même à ceux (peu nombreux qui se sont permis d’essayer de l’empêcher de parler ce soir-là) C'était sans
compter le support de la salle pour le Président. Cette salle qui, à la fin du discours de S.Peres, l’a applaudi longuement, très longuement, pour lui dire à son tour MERCI. Et ce blog a le même objectif : Merci à
vous, M. Peres, pour cette semaine franco-israélienne que nous avons vécue à travers vous.
L’intégralité des discours de Nicolas Sarkozy, de Richard Prasquier
et de Shimon Peres sont sur le site www.crif.org.
Remerciements à Denis Ktorza qui m’a aimablement autorisée à utiliser
ses photos pour illustrer cet article (mon appareil personnel ayant rendu l’âme) et à Michèle Dantin, ma « secrétaire de rédaction préférée et bénévole" qui traque depuis le début
de ce blog les erreurs de frappe, d’orthographe ou de « copier/coller » inadéquats.
Chantal Sutton pour
Justinteresting
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