La shoah, je l’avais ressentie en premier lieu à travers l'histoire de mon oncle Henri, qui survécut à l’horreur d’Auschwitz et à
celle de Dachau. Mon oncle n’a pas réussi (ou très peu) à nous transmettre la mémoire des camps tant elle était horrible. J’ai su tout de même que pendant deux ans, il avait survécu à Agen grâce
à une de ces merveilleuses familles de Justes (celles décrites dans l’excellent dossier que leur consacre l’Express de cette semaine) puis capturé et emmené dans ces terribles camps d’où sa mère
et son frère ne revinrent jamais. Pour mon oncle et grâce au discours Sarkozy, j’ai voulu rechercher auprès de sa famille survivante (qui vit en Australie aujourd’hui) si son frère serait
concerné et si l’on ferait revivre sa mémoire. J’ai ainsi découvert le visage de Samuel et son âge 23 ans. Il n’était donc plus un enfant et on ne saura jamais l’homme qu’il aurait pu être.
Samuel FENSTER - born : 30 jan.1919 - died : 1942 Holocaust Victim
Par ailleurs, l’article dans Valeurs Actuelles du 22 février de Michel
Gurfinkiel dans lequel on découvre une photo d’un enfant souriant (son frère mort dans les camps) « Charles Gurfinkiel 1933-1942 » qui s’intitule
« Qui adoptera mon frère ? » m’a profondément émue. Le journaliste y décrit les méandres des quatre réactions émotionnelles par lesquelles il est passé face à cette décision.
Partant de « De quel
droit ?» à « Ont-ils bien
mesuré l’impact d’une telledécision ?», puis à
« Charles du haut de ses 9 ans, ce petit juif exemplaire et ce petit français
exemplaire » pour finir sur sa quatrième et dernière réaction par laquelle M.G. conclut son
article :« Nous verrons ce qu’il en sera du projet présidentiel, s’il prend forme. La bonne volonté et la sincérité de
Nicolas Sarkozy ne sont pas en cause……Si ce projet est mis en application, je m’engage à l’avance à recevoir l’enfant français inconnu qui « adopterait » Charles Gurfinkiel,
1933-1942 ». Que dis-je ? J’exige de le rencontrer. Je jouerai jusqu'au bout le jeu de l’histoire républicaine. Et gare aux tricheurs, quels qu’ils
soient. ».
Je crois que tout est dit. Retenons en tout cas que sans l'idée de Nicolas Sarkozy, la mémoire de Samuel Fenster et de Charles
Gurfinkiel n'aurait pas été transmise au moins à travers ce blog et à travers Valeurs Actuelles.
Je ne sais pas ce que deviendra cette idée à la rentrée scolaire quand elle aura été édulcorée par la Commission créée à cet
effet.Quand je lis dans le Figaro du 29 février (sondage commandé par le Ministère de l’Education Nationale) que 51% des
lycéens ignoreraient la signification du mot Shoah et que 37% des lycéens chiffreraient le nombre de Juifs exterminés pendant la seconde guerre mondiale à 2 millions d’êtres
humains !!On voit la distance à parcourir pour transmettre cette mémoire qui soulève tant de
discussions.
C’est pourtant en CM2 que, me faisant insulter sur mes origines juives par une élève de ma classe, je découvris « que j’étais
différente à cause de ma religion » (je n’avais absolument pas conscience de cela). Mes parents n’arrivant pas à répondre à toutes mes questions, je me mis à dévorer tous les livres
sur le sujet de la Shoah qui me tombaient sous la main (de Treblinka de G. Steiner
à La mort estmon métier de Robert Merle en passant par le Journal d’Anne Frank). Bien sûr que j’ai été révoltée et que j’ai pleuré sur
toutes les horreurs que je découvrais, mais je crois que j’en suis sortie plus forte pour dire « PLUS JAMAIS CA ! ».
Au CRIF, Nicolas Sarkozy a aussi confirmé qu’il continuerait à lutter contre le racisme et l’antisémitisme et il a sincèrement regretté de
n’avoir pas pu empêcher le meurtre odieux d’Ilan Halimi. Impossible d’oublier cette atrocité.
Il a aussi parlé des roquettes qui pleuvent sur Sdérot depuis de nombreux mois. Quel media en parle-t-il sauf de temps en temps à
travers une phrase anodine, qui passe complètement inaperçue ?
A propos des médias, je me dois de commencer par dire que je suis une « amoureuse de la presse », que je me suis toujours sentie
une « professionnelle de la communication atypique » parce que je me mettais toujours à la place du journaliste, que je défendais auprès de mes différents employeurs leur désir
d’information, et que j’arrivais souvent à convaincre ces derniers ne pas communiquer lorsque le message n’était pas clair.
J’ai donc un grand respect pour la presse, je suis même, comme dirait les Américains une « info-aholique », mot qui signifierait
ce que je suis : une « addicte » de l’information.
Mais sur le sujet d’Israël et des médias français, il y a trop à dire et je ne peux avoir qu’une attitude « émotionnelle » et « affective » par rapport à Israël. Et si
parfois certains choix faits par les dirigeants de ce pays ne sont pas compréhensibles vus de l’extérieur, je n’arrive pas à admettre certains jugements émis sur ce peuple qui défend sa
survie depuis toujours.
Concernant les morts et les blessés de Sdérot, il faut avouer qu’Israël a la dignité de ne pas les « exposer », qu’aucune photo
de cet enfant de 8 ans amputé d’une jambe à cause d’une roquette n’a circulé dans la presse internationale. Israël a le respect de l’être humain et ne l’utilise pas pour
« sensibiliser » les médias.
Je regrette que les habitants de Sdérot, ni même aujourd’hui ceux d’Ashkélon n’aient pas droit, eux aussi, à une pleine page dans
Libération (cf. page 8 du journal daté du 28 février 2008) pour expliquer leur quotidien sous les bombes.
Je regrette par exemple que les informations contenues dans la newsletter de l’Ambassade d’Israel n°258 datée du 14 février 2008 n’aient
jamais été reprises nulle part (du moins à ma connaissance). Cette newsletter est toujours consultable pour ceux que cela intéresse sur http://paris1.mfa.gov.il – rubrique
newsletter. Et si la presse que je respecte et que je me suis toujours refusée à fustiger (même lorsque cela me
fait mal et me touche profondément) acceptait d’y jeter un coup d’œil ?…Peut-être que les faits seraient racontés autrement… Mais là, je ne suis pas vraiment naïve et j’ai
très peu d’espoir.
Je viens d’ailleurs de finir le roman de mon ami Eric Aeschimann (journaliste à Libération que je connais depuis au moins 20 ans et pour
lequel j’ai un grand respect professionnel) dont le titre est « Dieu n’existe pas encore ». Ce livre raconte
l’histoire d’un homme essayant de rejeter les principes et valeurs de son enfance au sein d’une famille protestante pratiquante, et de trouver sa voie entre sa femme uniquement intéressée par
la défense du peuple palestinien et son meilleur ami juif, perturbé par la guerre du Golfe, qui se réfugie dans la religion et part vivre en Israël. Comment cet homme peut-il rester «
objectif » par rapport à cette partie du monde ? Chacun d’entre nous ne réagit-il pas à partir de son vécu et de l’influence de son cercle proche comme le personnage central de ce
roman ?
A cette question Eric Aeschimann me répond :"il s'agit d'un roman, il n'est pas question d'être objectif. Dans celui-ci,
j'essaie de montrer comment l'actualité - la guerre en Irak, la situation en Israël, mais pas seulement - fait résonner nos émotions les plus enfouies et nous renvoie chacun à nos souvenirs
intimes. Face à la question israélienne comme face aux autres questions, nous pouvons espérer atteindre, par la pensée rationnelle, à une certaine objectivité: ça, c'est le travail du
journaliste, de l'essayiste, du chercheur, du politique, etc... Mais nos sentiments, eux, resteront subjectifs et je crois qu'il vaut mieux en être conscient: cela aide à vivre avec. Et ça,
c'est le travail du romancier." Voilà qui est dit !
Alors puisqu’il s’agit là d’une histoire romancée –dont acte-, j’attends avec impatience le jour où « face à la question
israélienne », de nombreux journalistes par « leur travail et par leur pensée rationnelle » atteindront une « certaine objectivité » et viendront ainsi rejoindre
les rares journalistes (trop rares) qui ont effectué sincèrement cette démarche sur ce sujet.
Revenons encore au discours de Nicolas Sarkozy au CRIF le 13 février dernier. Il a également dit que la France ne laissait pas tomber GILAD
SHAHID. Nous avons tous mal en pensant à lui, et de la même manière que nous espérons une délivrance proche d’Ingrid Betancourt pour laquelle nous sommes tous très inquiets à la lecture
des dernières nouvelles plutôt alarmantes, nous aimerions fêter la liberté retrouvée de Gilad dont nous n'avons aucune connaissance de l'état de santé.
Nicolas Sarkozy s’est dit « l’ami sincère d’Israël ». Un autre, avant lui, l’avait dit. Et la déception a été violente. Mais,
pour ce qui concerne N.Sarkozy, je veux croire en sa sincérité.
Le 13 février dernier, le Président a dit « un ami c’est quelqu’un qui vous dit ce qu’il
pense ». Il a affirmé qu’il « ne serrerait pas la
main de ceux qui refusent l’existence d’Israël ». Il a dit qu’il veillerait personnellement à ce que Durban 2 ne
soit pas un remake de Durban 1. Israël vient d’annoncer qu’il ne participerait pas à Durban 2. Nous verrons comment se passera ce sommet cette année.
Et puis, il a affirmé qu’Israël ferait partie de la Francophonie très rapidement (il était temps, sur 6 millions et demi d’habitants du
pays, il y aurait aujourd’hui plus d’un million de francophones soit 1/6 de la population, chiffre impossible à vérifier mais en tout cas très probable).
Il a également émis le souhait qu’Israël puisse être intégré également dans son projet d’Union pour la Méditerranée. Mais ce projet va
probablement avoir du mal à voir le jour, et on l’on verra lorsqu’il sera créé, si Israël y trouvera sa place.
Les Juifs Français sont très attentifs aux relations entre les deux pays. Ils sont très malheureux de la façon dont Israël est traité dans
les medias. Je sais que c’est probablement difficile à comprendre mais il ne s’agit absolument pas de « double allégeance » ; j’ai horreur de cette expression. Elle ne
veut rien dire. Nous sommes Français, point non contestable. Nous aimons notre pays : la France. A cet
état de fait, il faut ajouter une « couche émotionnelle en plus » : nous avons TOUS, je dis bien TOUS, une fille, un fils, un frère, un cousin, un oncle, ou au moins un ami
intime en Israël. La survie d’Israël et la défense de la sécurité de ce pays est essentielle à nos yeux. Nous sommes Français Juifs ou Juifs Français et nous le lisons dans les deux sens au
même niveau, de gauche à droite ou de droite à gauche. Et tant pis pour ceux qui le contestent. J’ai connu un temps où l’on n’osait pas dire en France que nous étions juifs, nous préférions le
cacher. Si aujourd’hui, je m’autorise ces lignes, c’est parce qu’ISRAEL existe. Et nous sommes nombreux à espérer qu’une solution politique soit enfin trouvée pour que tous les peuples de
la région vivent un jour en paix dans le respect les uns des autres. Je suis personnellement très inquiète sur
l’allure que prend le conflit sur le terrain, et je pressens (et je ne suis pas la seule) qu’il ne pourra pas rester en l’état indéfiniment.
Voilà ma lecture personnelle du discours du CRIF. Internet donne à tous la possibilité de s’exprimer. Pourquoi ne pas en profiter ? Et
on verra bien s’il y a des commentaires ou des réactions.
Pour conclure, j’ai demandé à un ami, journaliste pour un grand quotidien israélien, comment a été ressenti le discours de Nicolas Sarkozy
dans le pays. Et vous n’allez pas croire la réponse : « Tu sais, l’entrée dans la Francophonie, ça fait des années qu’on la promet à Israël, alors on n’y croit plus vraiment. L’Union
Méditerranéenne, ce serait merveilleux mais ce n’est pas fait non plus. Mais ce qui met en joie les Israéliens, c’est de savoir que Carla accompagnera Nicolas lors de son voyage en mai
prochain. Pour eux, c’est la marque d’une considération extrême ».
Eh oui, allez comprendre, ce peuple qui se bat au quotidien pour survivre, cette unique démocratie du Moyen-Orient, ces gens
« tarless » (pragmatiques – terre à terre en hébreu) sont moins sensibles au discours politique de fond qu’à la preuve d’amour que la première dame de France va leur donner par sa
participation à ce voyage officiel. Cela peut paraître incohérent vu de France, mais lorsque l’on connaît ce peuple et qu’on le voit vivre, on reconnaît bien là sa façon de s’évader d’une
vie difficile constamment sur un fil à cause de la « situation » (en hébreu « amatsav » - c’est le mot pudique qu’ils utilisent pour ne pas parler de « survie
permanente »).
Parce qu’au regard de cette fameuse situation, ce qui compte avant tout pour eux : c’est l’amour, l’émotion, la colère, la survie, la
fête, la jeunesse, le « carpe diem », la déraison parfois, et aussi surprenant que cela puisse paraître, l’importance accordée à certaines attentions, …. Que Carla soit du voyage
présidentiel représente une attention qui compte.
Accorder de l’intérêt à des faits qui peuvent paraître « superficiels » est leur façon de zapper inquiétudes et angoisses réelles
face à l’essentiel. Une façon comme une autre de survivre moralement.
Et lorsque l’on voit comment le Président sud-africain M. Tchabo Mbeki a succombé au charme de Mme Bruni-Sarkozy lors de son premier
voyage officiel, l’on comprend mieux l’attente des Israéliens.
Nous serons nombreux en France à être attentifs à ce voyage présidentiel en Israël… Surtout pour observer ce qu’il en sortira de positif et
de concret d’un point de vue politique d'une part (nous sentons tous l’état d’urgence de la situation) et d'autre part, pour voir l’évolution des relations futures entre les deux
pays…..Nous y mettons beaucoup d'espoir car nous sommes nombreux à penser que la France a un rôle à jouer aujourd'hui dans la région.
J'ai beaucoup hésité à publier ce texte sur mon blog... J'espère que les lecteurs apprécieront ma
sincérité car c'est la première fois que je me livre à ce genre d'exercice. Et je me demande un peu inquiète, s'il n'est pas un peu trop personnel car je ne représente
aucun parti, ni aucune association. Je l'ai relu, coupé, amendé, corrigé. J'ai laissé tomber l'idée de le faire paraître. Mais, après quelques jours de réflexion, j'ai finalement pris la
décision de ne pas jeter ce texte engagé à la corbeille. Alors je me lance et j'ose l’insérer sur mon blog.
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Le Crif me signale amicalement que c'est la deuxième fois que la soirée du Crif est retransmise sur LCP.
Je signale donc cette information aux lecteurs de ce blog. cs