Bruno Walther fait partie de la génération qui a vécu l’installation des ordinateurs à l’école. Cet
autodidacte de 37 ans les a décortiqués et analysés dans tous les sens avant de s’intéresser au pouvoir du contenu.
En 1994, ll crée sa première webagency avant de
devenir Dircab de Brice Lalonde puis retourne au web en créant, avec Arnaud Dassier, « L’enchanteur des nouveaux médias ».
Aujourd’hui, Ceo d'OgilvyOne, il développe auprès de ses clients une approche webmarketing adaptée à notre époque. Bruno Walther est un
adepte des réseaux sociaux. Il est Facebook et Twitter. C’est sur ce thème qu’il a accepté de s’entretenir avec Justinteresting.
J : quelle utilité trouvez-vous à communiquer sur
Twitter avec vos « amis twitteriens » ?
BW : Twitter est la première application réelle hors de
l’ordinateur. C’est un formidable outil d’ubiquité. On peut se parler de n’importe où. C’est pour moi un réseau d’intelligence collective. J’y trouve souvent la réponse à toutes sortes de
questions, du privé au professionnel, et je gagne du temps.
J : Mais quel intérêt de dire à vos « amis » ce que vous faites au moment où vous le faites ?
BW : Ce n’est pas
ainsi que je l’utilise. Imaginons que je cherche à acheter un appareil photo. Autrefois, je serais allé sur Google, j’aurais acheté des magazines de consommateurs, je me serais adressé à
des experts dans des magasins spécialisés. Aujourd’hui, je pose la question sur Twitter. Dans les réponses reçues, vous pouvez être sûrs que vous aurez la bonne recommandation au bon prix. Idem
si vous voulez la meilleure idée de restaurant dans le 8ème arrondissement, etc…
J : Et sur le plan professionnel ?
BW : Aux
Etats-Unis, de gros medias d’informations se servent en permanence de Twitter pour délivrer leurs messages. Il m’est arrivé lorsque je faisais une étude sur un domaine précis, d’interroger
mon réseau Twitter et de recevoir dans les minutes qui suivent la réponse adaptée. Vous pouvez imaginer le gain de temps. C’est cela que j’appelle l’intelligence collective.
J : Vous êtes donc adepte de Facebook et de
Twitter. Et les autres réseaux, qu’en pensez-vous ?
BW : ils sont beaucoup moins conviviaux et assez «
soporifiques » parce que probablement trop ciblés « professionnels ». Facebook et Twitter sont plus variés sur tous les sujets d’intérêt et du coup, cette diversité est riche en apport
intellectuel. Ce sont des réseaux « authentiques».
J :
Parlons publicité sur les portables ?
BW : Le portable est l’un des trois éléments que vous vérifiez
en sortant de chez vous après vos clefs et votre portefeuille. Donc, je pense que le portable va être incontournable parmi les canaux de communication futurs.
J : Et la WebTv pour les marques ?
BW : Je ne crois que l’on regardera les WebTv au lieu de
regarder la télévision. J’ai apprécié l’initiative de Facebook avec CNN lors des élections américaines : on pouvait voir en direct le serment d’Obama et lire les commentaires
des internautes. Utilisée ainsi, la WebTV fonctionne car elle s'enrichit des outils d'intelligence collective issue du
net.
J : En matière de publicité, que percevez-vous en
ce moment ?
BW : Le marché se réorganise avec l’explosion des canaux de
diffusion. La TNT , l’Iphone, la Catch-up Tv ont changé les habitudes des Français. La publicité sera toujours un élément clef de la marque, mais nous revenons aujourd’hui au « hors-médias ». La
première marque mondiale Google n’a jamais fait de publicité. Le primat de la marque sur les boissons alcoolisées s’est accéléré sur les vingt dernières années alors que ce secteur est interdit
de publicité. Grâce au « design produit », à
la promotion sur le lieu de vente et à l'événementiel, ils ont renforcé le pouvoir des marques. Chez
Ogilvyone, à côté de la publicité traditionnelle, c’est cette dimension que nous apportons à nos clients
pour développer leurs marques. Par exemple, nous lançons la semaine prochaine pour l’Unicef un site de récolte de fonds pour la construction d’usines de barres nutritionnelles en Afrique.
Les donateurs pourront acheter une brique de cette usine et la personnaliser. Pour notre client Nestlé, nous avons « revisité » le « Club » qui reçoit plus d’un million de visiteurs.
Il s’appelle aujourd’hui « croquons la vie » et est autant informatif qu’interactif.
J : Quid du qualitatif pour les sites et les
blogs ?
BW : Vous avez
raison. Un clic sur un site n’est pas forcément corrélé à une marque d’intérêt ni même à un déclenchement d’achat. Nous avons une filiale Ogilvy PR qui s’intéresse de près à l’influence digitale
et étudie le qualitatif des blogs et des sites.
J : On
a tout de même l’impression aujourd’hui qu’hors Internet, plus rien n’existe. Qu’en pensez-vous ?
BW : Dans le
rapport Attali, on peut lire que 35 à 40% des Français ne vont jamais sur internet. C’est encore une grosse proportion de la population. Et sur les 8 milliards d’habitants, seul 1 milliard est
connecté. Internet est une formidable caisse de résonnance dont on ne pourra plus se passer mais évidemment les autres médias sont eux aussi tout aussi importants. Lorsque l’on m’explique que
l’on passe trop de temps devant l’écran, je réponds qu’il y a deux générations, les hommes passaient leurs soirées au café, que la génération d’après, c’était devant la télévision. L’écran
d’ordinateur n’a fait que se substituer et les échanges sont aujourd’hui mondiaux. Ce sera aux sociologues plus tard de montrer en quoi cela a transformé les rapports humains.
J : Et
pour conclure, que voyez-vous dans l’avenir interactif ?
BW : je crois que Google Androïd sera une des prochaines
révolutions numériques. Imaginez, vous serez en train d’acheter un frigo dans un magasin et grâce à cette innovation, juste avec le code barre, vous saurez si le prix et compétitif et
connaîtrez le prix chez les concurrents de votre ville. Ou bien encore, vous voulez acheter un petit pot alimentaire pour votre bébé, vous pourrez obtenir la traçabilité du produit ou sa
composition alimentaire. On va entrer dans une ère de transparence et les marques auront de plus en plus un discours authentique. Les méthodes publicitaires vont beaucoup évoluer, nous ne sommes
qu’au début de la « révolution ».
Cette révolution doit beaucoup plaire à Bruno
Walther, qui à travers un parcours atypique (cf. fiche sur wikipedia), continuera à innover et à communiquer sur les futurs réseaux d’intelligence collective.